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Nomenclatures et grammaire des styles

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Variations dans la trempe


Nie et nioi

Les cristaux de martensites, qui se forment le long du tranchant lorsque la lame est refroidie rapidement, varient en taille et en densité selon la température initiale précédant la trempe, la teneur en carbone et le type de grain (voir aussi La trempe sélective). Ces particules sont appelées nie 沸え / 錵 lorsqu’elles apparaissent sous la forme de petits points noirs et brillants, et nioi 匂 quand elles ne sont pas individuellement discernables à l’½il nu et forment une brume blanchâtre. L’image souvent utilisée pour rendre compte de la différence entre nie et nioi est celle de la voie lactée, où les particules invisibles de nioi composeraient le voile blanc et les nie représenteraient les différentes étoiles parsemées sur cette toile de fond.

Le caractère chinois utilisé pour écrire le mot nioi a plusieurs acceptions : c’est le parfum, l’odeur, ou encore quelque chose de brillant, qui scintille, mais aussi et surtout un dégradé de tons d’une même couleur. Quant à la définition du terme nie, il semble avoir été inventé spécifiquement pour le domaine du sabre et est noté le plus souvent avec le caractère chinois futsu 沸 (« bouillir ») ou le caractère d’invention japonaise nie 錵, qui désigne également l’élément chimique holmium.

Ces nie et nioi donnent à la partie trempée de la lame la forme de son contour : ils forment la ligne de trempe, le hamon 刃紋 / 刃文 (littéralement « motif du tranchant »), qui sépare la partie trempée du tranchant (yakiba 焼刃) du reste de la lame. C'est à cette frontière (hazakai 刃境 ou habuchi 刃縁) que se concentrent nie et nioi. Comme la grande majorité des lignes de trempe sont « dessinées » par les nioi, on parle aussi de nioi-guchi 匂口. Le terme nioi-guchi shimaru 匂口締まる (nioi-guchi « serré ») qualifie un nioi-guchi dont le contour est net et qui réfléchit fortement la lumière. Lorsqu'il présente des contours flous qui se fondent dans le yakiba, il est appelé nioi-guchi urumu 匂口潤む (nioi-guchi « mouillé »). 

Un hamon composé uniquement de nioi sera caractérisé comme nioi-deki 匂出来 (« fait de nioi ») ; s’il comporte une grande quantité de nie, nie-deki 沸え出来. Certains auteurs préfèrent le terme nie-hon'i 沸え本位 et nioi hon'i 匂い本位 pour qualifier une trempe qui présente principalement des nie ou des nioi. Par ailleurs, la disposition, le nombre, la taille et l’intensité de ces particules de martensite – dans la partie trempée de la lame et le long de la ligne de trempe – varient en fonction de chaque artisan et forment de petits motifs appelés collectivement « activités » (hataraki 働き), dont il existe un grand nombre. Les lames ayant beaucoup d’activités dans la trempe sont « préférables ».

Dans la liste des définitions qui suit, et qui n'est pas exhaustive, on distinguera d’abord les activités dans le ji (jitchû no hataraki 地中の働き), puis celles à l’intérieur de la trempe (hatchû no hataraki 刃中の働き). 


Activités dans le ji 

1. activités de nioi

utsuri 映り ou 移り : littéralement « reflet ». Il s'agit d'une zone brumeuse et blanchâtre située entre le hamon et le shinogi-suji , c'est-à-dire dans le ji (d'où également le nom ji-utsuri 地映り), et dont le contour reproduit parfois celui du hamon, d'où son nom « reflet ». Cette caractéristique présente principalement sur les lames kotô (Bizen, Yamashiro, Aoe, Seki) est difficile à percevoir par des yeux non entraînés et sans un polissage de grande qualité. D'ailleurs, la description de ce phénomène n'apparaît dans la littérature que vers 1520, ce qui semble montrer que les techniques de polissage avaient fait des progrès à cette époque. Quant au terme « utsuri », il ne se rencontre qu'à partir des années 1570.

En fonction de la forme de ce reflet, on distingue :

  • bô utsuri 棒映り : utsuri droit, appelé aussi sugu-utsuri 直映り.

  • midare utsuri 乱れ映り : utsuri dont le tracé est irrégulier.

  • chôji utsuri 丁子映り: utsuri dont le tracé évoque des boutons de giroflier, présent sur des lames du Bizen dont le hamon est également en chôji.

  • seki utsuri 関映り : l'utsuri présent sur certaines lames de Seki (province du Mino).

  • kuro utsuri 黒映り : le terme utsuri s'applique habituellement à la zone légèrement blanche ; ici il désigne la surface sombre (noire) du jigane qui apparaît entre le hamon et le « vrai » utsuri et qui fait nettement resortir ce dernier. Sur les oshigata, qui sont dessinés en négatif, c'est donc la zone blanche entre le hamon et l'utsuri.

  • kage utsuri 影映り : se dit d'un utsuri qui reflète le tracé du hamon comme son « ombre ». 

  • shirake utsuri 白 気映り: utsuri blanchâtre de forme indistincte.

  • yakidashi utsuri 焼出映り : utsuri très pâle situé à proximité du hamachi

  • botan utsuri 牡丹映り : tache d'utsuri qui a la forme d'une pivoine.

2. activités de nie

Les grains de nie étant visibles à l’½il nu, la terminologie qui les définit est plus riche. Ils sont caractérisables, entre autres, en fonction de :

  • leur taille : aranie 荒沸え (gros nie) et konie 小沸え (petit nie).

  • leur emplacement : hanie 刃沸え, melangés au nioi et constitutifs de la trempe ; jinie 地沸え, en dehors de la trempe, clairsemés entre le hamon et le shinogi.

  • leur dureté : katai nie 堅い沸え (nie dur) et yawarakai nie 柔らかい沸え (nie tendre), c’est-à-dire s’ils sont très ou peu brillants.

Dans le ji, ils sont constitutifs des activités suivantes :

jinie 地沸 : cristaux de nie dans le ji.

niekobore 沸こぼれ : nie qui « débordent » du habuchi et sont présents dans le ji sous la forme de tobiyaki ou de yubashiri et forment des taches.

yubashiri 湯走り: nie concentrés par endroits dans le ji et formant des taches arrondies.

chikei 地景 : ligne noire et brillante de nie dans le ji, qui longe généralement les couches du corroyé, mais parfois peut traverser les veines et ressembler à l’algue tengusa (agar-agar). Cette caractéristique est considérée comme étant signe de bonne qualité. Lorsque le chikei se situe dans la trempe, il est appelé kinsuji 金筋 ou kinsen 金線 [voir aussi fuku].

nie utsuri 沸映り : caractéristique des lames de l'école Rai (Yamashiro), appelé aussi rai utsuri 来映り,  se compose d'une succession de taches de forme et de dimension évoquant des empreintes digitales. 

tama 玉 : spot trempé arrondi composé de nie et séparé du hamon

quelques activités

quelques activités

Activités dans le ha 

1. activités de nioi

ashi 足 : signifiant littéralement « pied », la traduction « jambage », par analogie au jambage de l'architecture ou de l'écriture, est plus heureuse. Les ashi font généralement partie du tracé du habuchi et sont donc composés de nioi (nioi ashi 匂足), sauf pour les nie ashi 沸足. Les petits ashi (ko-ashi 小足) sont courts et fréquents sur les oeuvres de l'école Sekishû Naotsuna 石州直綱. Les nezumi ashi 鼠足 tirent leur nom de leur ressemblance avec des pattes de souris ; on les rencontre surtout à l'époque kotô. Les saka ashi 逆足 sont inclinés et les chôji ashi 丁子足 sont simplement des ashi sur une trempe en chôji. Les tsuno ashi 角足 sont en forme de V et évoquent des cornes ; on les trouve sur des lames de Seki 関 et Kashû Fujishima 加州藤島. Quand les ashi ne sont pas rattachés au hamon, ils se nomment tobi ashi 飛足.

sugu-kuzureba 直崩れ刃 : dans le cas d'une trempe droite (suguha), se dit d'une « déformation » qui n'est pas en ligne.

葉 : en nioi ou en konie, petit point qui se détache du habuchi et flotte dans le ha.

nezumi ashi
fig. 1 Nezumi ashi.
hamon droit avec des jambages inclinlés
fig. 2 Sugu ni saka ashi.

2. activités de nie

nie ashi 沸足 : jambages composés uniquement de nie.

masago-nie 真砂沸 : petits et gros grains de nie sont mélangés et sont comparés au sable de la plage.

hadaka-nie 裸沸 : nie isolé (« nu ») qui n'est pas entouré ou accompagné de nioi comme c'est généralement le cas.

kinsuji 金筋 : ligne brillante et noire assez épaisse composée de nie qui apparaît dans le hamon et selon le sens du corroyé. Lorsque cette activité apparaît dans le ji, elle est appelée chikei.

kinsen 金線 : kinsuji mince.

inazuma 稲妻 : ligne composée de nie noire et brillante en forme d’« éclair », dans le hamon près du habuchi. Il s'agit en fait d'un kinsuji qui chevauche le habuchi et s'étend jusque dans le ji.

sunagashi 砂流し : lignes parallèles de nie qui évoquent les traces laissées sur un sol sableux par un balai.

hotsure  ホツレ : activité qui se situe dans le hazakai ou habuchi, sous forme d'une mince ligne de nie (nie hotsure) ou de nioi (nioi hotsure) qui suit le sens du corroyé et donne l'aspect d'une ficelle effilochée à une trempe droite (suguha hotsure 直刃ホツレ).

shimaba 島刃 : tache de nie isolée dans le ha et qui fait penser à une petite île. Caractéristique présente sur certaines lames Sôshû en midare-ba. Similaire au , mais composé de nie plus épais.

nijûba 二重刃 : « hamon doublé » ; dédoublement d'un suguha. Se rencontre souvent sur les lames du Yamato à l'époque kotô.

kui-chigai-ba 喰違刃 : dans une trempe en suguha ou notare, dédoublement du nioi-guchi sur une petite longueur qui se chevauche. 

uchinoke 打ち除け : petite ligne de nie surplombant le hamon qui apparaît dans le ji sous forme de croissant de lune. Cette activité accompagne souvent les nijûba ; d'ailleurs, le terme englobait autrefois les nijûba courts.

abu no me 虻の目 : « oeil de taon ». Sur certaines lames Hizen trempées en gunome midare, formation circulaire de nie apparaissant à l'intérieur des yakigashira arrondis en nioi .

quelques activités
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