banner
Accueil Généralités Articles Outils Achat-vente Publications Divers

Nomenclatures et grammaire des styles

-3-

Variations dans la forme de la lame


Depuis l’apparition de la structure en shinogi-zukuri vers la fin de la période de Heian, plus aucune modification majeure de forme n’interviendra ; le shinogi-zukuri, c’est le nihontô. Cette absence de modification majeure dans la forme des lames est le principal facteur ayant favorisé la conservation des lames les plus anciennes. Cependant, en fonction des époques et des endroits, d’infimes variations, parfois imperceptibles à des yeux de débutants, peuvent être observées sur différentes parties de la lame. L’examen de ces différents détails donne des indications sur l’âge et la provenance de la lame. Ceux-ci concernent :


La taille et la forme de la pointe

La taille et la forme du kissaki donnent des indications sur la période de production (fig. 01). On distingue, entre autres, les quatre types suivants :

1. ô-kissaki 大切先 : se rencontre sur les lames forgées en Nanbokuchô, début shintô (ère Keichô) et shinshintô.

2. chû-kissaki 中切先 : taille de pointe la plus répandue ; à partir du milieu de la période de Kamakura.

3. ko-kissaki 小切先 : caractéristique des lames datant de la fin Heian et du début de la période de Kamakura.

Par ailleurs, quelle que soit la longueur de la pointe, l’arrondi du fukura est plus ou moins prononcé :

4. fukura-kareru フクラ枯る : kareru signifie « se flétrir, se faner, mourir ».

5. fukura-tsuku フクラ付く : « avec fukura » ; fukura 膨 / 脹 peut être traduit par « gonflement / dilatation / renflement… ».

6. kamasu-kissaki 魳切先 : le nom de ce type de kissaki provient de sa ressemblance avec la tête du barracuda (Sphyraena japonica ?). Le fukura et le ko-shinogi sont rectilignes. Appelé aussi kamasu-zura 魳面 et kamasu-zuno 魳角, ce type de kissaki se rencontre principalement sur les épées en kiriha-zukuri (vie - ixe s.).

types de kissaki
fig. 01 Types de kissaki.

L’épaisseur et la largeur de la lame

Le kasane (重ね ou 襲ね) est l’épaisseur de la lame (fig. 02). Elle se mesure au mune (segment vert). Dans les descriptions des lames, les auteurs donnent généralement l’épaisseur de la lame mesurée à deux endroits différents :

  • le moto-kasane 元重ね (« épaisseur à la base ») se mesure au niveau du mune-machi 棟区.

  • le saki-kasane 先重ね (« épaisseur à la pointe ») se prend au-dessus du yokote.

Cette épaisseur diminue bien sûr vers la pointe du sabre. Suishinshi Masahide (Kenkô hidenshi 剣工秘伝志, 1821) considérait les valeurs suivantes comme garantes de proportions idéales : pour un wakizashi de 1 shaku (environ 30,3 cm) de longueur, l’épaisseur décroît de 1,3 mm de la base à la pointe et, pour un katana d’une longueur de 2 shaku 2 sun (environ 66,7 cm), elle diminue de 2,7 mm. 

La largeur de la lame (mihaba 身幅), segment AD, est également mesurée à deux endroits de la lame :

  • le moto-haba 元幅 (« largeur à la base ») se mesure au habaki-moto 鎺元

  • le saki-haba 先幅 (« largeur à la pointe ») se prend au yokote.

La largeur des lames varie en fonction des périodes et des écoles, mais Masahide (ibid.) pensait que la largeur idéale au habaki-moto pour une lame de katana se situait entre 1 sun et 1 sun 2 bu (entre 3 et 3,6 cm). Pour Kamada Gyomyô (Kokon kaji bikô 古今鍛冶備考, 1830) un bon équilibre était atteint avec les valeurs suivantes :

  • pour un katana de 2 shaku 3 sun 5 bu (71,2 cm), un motohaba de 9 bu (2,7 cm) et un sakihaba de 5 bu 7 ri (1,7 cm).

  • pour un wakizashi de 1 shaku (30,3 cm), un motohaba de 8 bu (2,4 cm) et un sakihaba de 6 bu 6 ri (1,9 cm).

Sauf cas vraiment exceptionnels, toutes les lames de sabre ont un sakihaba inférieur au motohaba. Cette différence peut parfois être assez importante et certains auteurs donnent à cette particularité le nom de funbari. A vrai dire, le funbari 踏ん張り – que l’on pourrait traduire par « résistance » – est une augmentation marquée de la largeur de lame à quelques centimètres des machi. La locution ashi wo funbaru (s’arc-bouter sur ses jambes) illustre bien cette impression d’homme campé sur ses jambes écartées que donne le funbari. C’est une caractéristique présente sur les lames de fin Heian à début Kamakura qui, bien sûr, n’ont pas été raccourcies.

mesurer la largeur et l'épaisseur d'une lame
fig. 02 Coupes transversales.

Hiraniku

Le hiraniku 平肉désigne la « chair » dans le ji (ou hiraji). On distingue deux cas de figure :

  • hiraniku nashi 平肉なし : Dans la coupe transversale 1 (fig. 02), le segment AB (ou AC) qui relie le shinogi au hasaki est droit ; sur les lames shintô.

  • hiraniku tsuku 平 肉つく : Dans la coupe transversale 2, le segment AB qui relie le shinogi au hasaki est bombé. La lame a « du corps, de la chair » ; sur les lames kotô.


La position du shinogi

L’arête longitudinale (shinogi-suji) est parallèle au tranchant et au mune-kado. Elle divise le flanc de la lame en deux parties de largeur inégale, le hira-ji et le shinogi-ji, respectivement 40 et 60 % de la largeur totale. L’écartement (fig. 02, segment BC) entre les deux shinogi-suji varie également. Lorsque celui-ci est important, il est dit « haut » (shinogi ga takai 鎬が高い) – par exemple les lames du Yamato – et quand l’épaisseur entre les arêtes est moindre, le shinogi est qualifié de « bas » (shinogi ga hikui 鎬が低い) – par exemple les lames du Bizen. Comme les lames avec un haut shinogi font davantage siffler le vent, Matsumiya Kanzan 松宮寒山 (Zoku ippo shû 続一歩集, 1753) en déconseillait l’utilisation pour les frappes nocturnes.


La forme du dos

La majorité des lames ont un dos à deux pentes : iori-mune 庵棟 « dos en forme [de toit] d’ermitage », « dos en bâtière », appelé également gyô no mune 行の棟 (fig. 03). Mitsu-mune 三つ棟 ou shin no mune 真の棟 : le « dos triple » ou le « dos à 3 pans » n’est pas rare non plus. Le « dos arrondi » (maru-mune 丸棟 ou sô no mune 草の棟) et le « dos plat » (hira-mune 平棟 ou kaku-mune 角棟) sont beaucoup moins fréquents.

la forme du dos
fig. 03 La forme du dos.

La courbure

La courbure (sori 反り, fig. 04) de lame donne des indications précieuses sur la période de production. On distingue trois types principaux de courbures, en fonction de la position de la flèche maximale (voir Classification selon la longueur de la lame).

Cette caractéristique de la courbure est parfois difficile à discerner. Il faut imaginer une lame droite qu’on aurait courbée en la saisissant par ses deux extrémités et en prenant son genou pour point d’appui, à la manière d’un bâton qu’on voudrait rompre. La position du genou correspond à l'emplacement de la flèche.

  • koshizori 腰反り ou motozori 元反り : la courbure est prononcée au koshi, à la base de la lame, près du manche. Un koshizori prononcé est typique des lames forgées entre la fin Heian et le début Muromachi et comme il se rencontre surtout sur les lames du Bizen, on l’appelle aussi bizenzori 備前反り. À la fin de la période d’Edo, les forgerons qui travaillent dans le style Bizen ont également reproduit ce type de courbure.

  • chûzori / nakazori 中反り : la flèche se situe au centre de la lame, d’où son nom « courbure centrale ». Comme elle forme un arc de cercle régulier, on trouvera différentes appellations : toriizori 鳥居反り / 華表反り et kasagizori 笠木反り, car elle ressemble au linteau (kasagi 笠木) d’un portique de sanctuaire (torii 鳥居) ; maruzori 丸反り, « courbure ronde » ; wazori 輪反り, « courbure en anneau ». Enfin, comme elle est fréquente sur les lames du Yamashiro (kyô-mono 京物), elle est aussi appelée kyôzori 京反り.

  • sakizori 先反り : la courbure est prononcée du côté de la pointe et est caractéristique des lames de la seconde moitié de la période de Muromachi. Fréquente sur les lames du Sôshû, elle est aussi appelée sôshûzori 相州反り.

Par ailleurs, dans certains cas – les tantô par exemple – la lame n’est pas courbée (muzori 無反り) ou présente une courbure intérieure (uchizori 内反り).

3 types de courbure
fig. 04 Formes de la courbure.
retour au sommaire
ou
suite


Copyright © 2003-2016 Franz Baldauff