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Les étapes de la fabrication d’un sabre

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Les finitions


La lame est forgée. Les finitions apportées par le forgeron consistent en un polissage grossier (kajitogi 鍛冶研ぎ) sur une pierre très abrasive appelée arato 荒砥 (fig. 30). Il détermine la forme définitive de la lame tout en restant à l’affût des moindres défauts – telle qu’une fissure dans le tranchant (hagire 刃切れ) – qui annihileraient tous ses efforts. Il perce ensuite un trou (mekugi-ana 目釘孔) dans la soie (nakago 茎) servant au passage de la goupille de bambou (mekugi 目釘) qui maintiendra le manche en place, et achève les finitions de ladite soie (nakago-shitate 茎仕立) en affinant les proportions et les contours de celle-ci à la lime. Ces traces de lime (yasurime 鑢目) se présentent, d’après la période de fabrication et l’école, dans des orientations et des angles variés (fig. 31).

A ce stade, la lame possède déjà toutes les qualités mécaniques qui ont fait la réputation des sabres japonais, mais renferme encore ses attraits esthétiques – grain de l’acier, détails de la trempe – qui restent cachés sous sa surface rêche et oxydée ; elle est encore, en quelque sorte, un diamant qu’il faudrait tailler pour en faire ressortir tout son éclat. Pour ce faire, elle doit passer entre les mains d’un artisan spécialisé dans le polissage des lames (togishi 研師) qui, par un travail extrêmement minutieux et précis, fera apparaître la texture du corroyé (jihada 地肌) et les détails du hamon. Cette tâche s’effectue en deux étapes principales. Le polissage de base (shitaji-togi 下地研ぎ ou jitogi 地研ぎ) consiste à passer la lame sur des pierres de plus en plus fines, des plus abrasives aux plus douces. Il se fait par enlèvement de matière : lorsqu’une pierre a effacé les traces laissées par la précédente, le polisseur passe à la suivante et ainsi de suite. Il affine les contours esquissés par le forgeron lors du kajitogi et s’attache à définir exactement la forme définitive de la lame dans ses moindres proportions. C’est au cours des finitions (shiage 仕上げ) que la texture de l’acier et les formations de martensite dans la trempe deviennent apparentes.[15]

Il ne restera plus au forgeron qu’à signer son œuvre lorsqu’elle reviendra de l’atelier du polisseur. Pour y graver son nom (meikiri 銘切り), le forgeron pose une planche en plomb épaisse namari-ita 鉛板 sur un support en bois appelé meikiridai 銘切り台, y fixe fermement le nakago et y inscrit les caractères à l’aide d’un burin et d’un marteau (fig. 32).

En résumé, ce sont ces trois caractéristiques majeures (la forme de la lame, le grain de l’acier et la trempe sélective) qui, d’une part, confèrent à la lame la terrible efficacité que prisent les guerriers et qui, d’autre part, fournissent aux amateurs leur sujet d'admiration. En outre, la modification de ces caractéristiques en fonction des périodes et des provinces de fabrication, conjuguée à la présence d’une signature, a permis aux experts de reconstituer des généalogies de forgerons et d’écrire une histoire du sabre japonais.

Je remercie vivement Jean-Marc Meyer pour ses dessins (fig. 2, 4-14, 16, 18-20, 23, 25-26, 28, 30-32.)

kajitogi
fig. 30 Polissage grossier effectué par le forgeron (kajitogi).
yasuri
fig. 31 Les finitions de la soie se font à la lime.
meikiri
fig. 32 La signature est gravée au burin sur la soie de la lame.
[15] Pour plus de détails sur le polissage des lames, les quelques ouvrages suivants : Nagayama Kôkan, Nihontô wo togu (Polir les sabres japonais), Yûzankaku, 1998, 230 p. ; Ôno Tadashi, Gihô to sakuhin, kenma chôkoku-hen (Le métier et les œuvres, polissage et gravures), Seiun shoin, 1980, 343 p. ; Laurent Milhau, Pierres et sabres, Besançon, KTK, 1998, 95 p. ; Setsuo Takaiwa, Yoshindo Yoshihara & Leon Kapp, The Art of Japanese Sword Polishing, Kôdansha Inter., 2006, 192 p.

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