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Les « old books »


Ceux qui lisent les auteurs japonais en version anglaise rencontrent de temps à autre l’énigmatique référence « according to old books... ». Pour étayer leurs arguments, les historiens du sabre japonais citent fréquemment ces « anciens livres ». Quels sont-ils ?

L’article qui suit n’a pas pour ambition de retracer l’histoire de l’historiographie du sabre, mais de présenter de manière succinte les principales sources livresques sur lesquelles s’appuient les chercheurs.


D’abord, quelques chiffres

L’Institut national de littérature japonaise (Kokubun-gaku kenkyû shiryô-kan 国 文学研究資料館) propose sur son site internet une version électronique du Kokusho sômokuroku 国 書総目録 (Bibliographie générale des livres japonais) accessible en ligne et pourvu d’un moteur de recherche permettant de sélectionner les documents d’après leur catégorie de classement. Ce ne sont pas moins de 927 titres[1] qui sont recensés sous le mot-clé tôken 刀 剣, documents manuscrits ou imprimés datant d’avant l’ère Meiji et conservés dans les bibliothèques japonaises. En outre, cet outil de recherche dénombre 1.597 titres appartenant à la catégorie bugu 武 具 (« armes », dont les livres sur les gardes et les montures de sabres, les armures, les casques, les harnachements…) ; le militaria représenterait donc un ensemble de 2.524 documents dont 36 % sont exclusivement consacrés aux lames de sabres.

Avec toute la prudence que requiert ce genre de listes compilées sur base des catalogues de bibliothèques, nous pouvons néanmoins affirmer que 576 des 927 titres (soit 62 %) sont des écrits anonymes[2]. Il serait intéressant de connaître la répartition de ces documents entre les manuscrits et les imprimés, mais il faudrait, a priori, avoir recours au pointage dans le catalogue papier, tâche à la perspective aussi herculéenne que décourageante.

Par ailleurs, le tableau chronologique inséré dans le Dictionnaire des signatures de sabres japonais[3] cite environ 80 titres pour la période allant de Kamakura à fin Edo et qui sont considérés comme d’importance pour l’étude des lames. Dans son article[4] consacré aux livres anciens sur les sabres (kokensho 古 剣書), Fukunaga mentionne 98 titres.

Bref, les principales sources documentaires représentent un corpus d’une centaine de titres consacrés aux lames de sabre. J’en ai sélectionné les plus importants.

Manuscrits :

Kanchi’in-bon meizukushi

Shinkan hidenshô

Hon’ami Kôtoku katana ezu

Autres recueils d’oshigata

Kyôhô meibutsu-chô

Livres imprimés :

Kokon meizukushi

Arami meizukushi

Shintô bengi

Kotô meizukushi taizen

Honchô kaji-kô

Autres imprimés de l’époque d’Edo

[1] D’après une recherche effectuée en 2003.
[2] Ces chiffres sont à considérer à titre indicatif dans la mesure où certains manuscrits ont été attribués à un auteur. De plus, des copies manuscrites d’un même texte ont pu circuler sous des titres différents et, finalement, de nombreux documents sont conservés dans des collections privées et ne sont pas comptabilisés.
[3] Homma et Ishii, Nihontô meikan, p. 1426-1498.
[4] Fukunaga, Nihontô daihyakka jiten, vol. 2, p. 240-246.

Kanchi’in-bon meizukushi

Présentation

Bien que l’existence d’experts dès le début de l’époque de Kamakura soit attestée[5] – et par voie de conséquence celle d’écrits – le livre le plus ancien conservé jusqu’à nos jours est le Tôken kantei no sho 刀剣鑑定之書 (Traité pour l’expertise des sabres), plus connu sous le nom de Kanchi’in-bon meizukushi 観智院本銘尽 (Recueil de signatures du Kanchi’in), conservé à la Bibliothèque nationale de la Diète et classé comme Bien culturel important. Ce fascicule de 90 pages calligraphiées (27.5 cm x 21 cm) est une copie exécutée en 1423 d’un texte qui aurait été rédigé au cours de l’ère Shôwa (entre 1312 et 1317). Nous connaissons l’histoire de ce document grâce au colophon et au texte inscrit sur la chemise cartonnée dans lequel il est rangé, et que nous pouvons résumer de la manière qui suit. En 1423, Gyôzôbô Kôjun 行蔵坊幸順 recopie un livre de 1316 conservé au Nantô’in 南洞院. Cette copie se retrouve ensuite dans le monastère Tôji de Kyôto, plus précisément au Kanchi’in 観智院. En 1804, le recteur de ce pavillon, Jûhô 住宝, offre la copie à Tsuda Kuzune 津田葛根 et celle-ci reste dans la famille Tsuda jusqu’en 1908, quand Matsudaira Yorihira 松平頼平 achète le livre puis le confie en 1910 à la Bibliothèque impériale (Teikoku toshokan 帝国図書館)[6]. En 1968, à l’occasion de sa promotion au rang de Bien culturel important, ce livre est officiellement et définitivement baptisé Meizukushi (Kanchi’in-bon) 銘尽(観智院本), « Recueil de signatures (version du Kanchi’in) ». L’original datant de la 5e année de l’ère Shôwa, on le trouvera parfois cité sous le titre Shôwa meizukushi 正和銘尽.

L’importance de ce livre ne réside pas uniquement dans son ancienneté ; il permet d’apprécier le niveau d’expertise des lames qu’avaient atteint les spécialistes entre la fin de l’époque de Kamakura et le début de Muromachi.

[5] D’après un passage du Masu-kagami 増鏡 (Miroir supplémentaire, composé entre 1337 et 1358) à propos de l’empereur Go-Toba 後鳥羽 (1180-1239). Inoue Muneo, Masu-kagami zen’yakuchû, vol. 1, p. 121-122.
[6] Osafune-chô shi, Tôken-hen shiryô, p. 12-13 ; Fukunaga, op.cit., vol. 2, p. 68.

Contenu et datation

Le contenu, répartit sur 90 pages et divisés en 31 chapitres montre d’emblée un manque de cohérence et d’homogénéité, certaines informations se répètent (le nom d’un même forgeron est cité sous plusieurs rubriques), d’autres sont contradictoires (comme la généalogie des écoles Awataguchi et Rai ou les deux listes des goban-kaji) et l’ensemble tient plutôt du calepin qui aurait servi à prendre des notes dans un ordre aléatoire. Il s’en dégage pourtant quatre parties principales qui sont :

I. Une partie intitulée « Signatures des forgerons de toutes les provinces, passés et contemporains » (Kokon shokoku kaji no mei 古今諸国鍛冶之銘) ; chaque nom de forgeron est surmonté d’une esquisse représentant une soie et suivi d’une petite note.

II. Un « Recueil de signatures » (meizukushi 銘盡) ; à la différence de la première partie, celle-ci est sans représentations graphiques.

III. Une énumération d’artisans classés par périodes et suivie ou non d’un commentaire.

IV. Une liste des forgerons triés par provinces, avec ou sans notes, qui contient également des arbres généalogiques (keizu 系図).

En ce qui concerne la datation du contenu de cette copie, la date de 1316 (Shôwa 5) indiquée par Tsuda Kuzune sur la chemise du livre est fournie par le texte au recto du second folio où il est rapporté que « Masazane du Bizen vécut 150 ans avant la 5e année de l’ère Shôwa ». Que la 5e année de l’ère Shôwa ait servi de référence pour calculer la période d’activité de ce forgeron prouve qu’une partie du texte fut rédigé à cette date. Cependant, une analyse plus approfondie du texte montre qu’il y a en outre deux forgerons (Munechika 宗近 et Amakuni 天国) dont les dates d’activité sont calculées en prenant l’ère Shôan 正安 (1299-1302) comme point de départ. Le Kanchi’in-bon se composerait donc d’au moins deux parties rédigées respectivement entre les ères Shôan (1299-1302) et Shôwa (1312-1317). Par ailleurs, la mention de certains forgerons actifs après la période de Kamakura suggère que certains autres passages du livre n’ont pu être rédigés avant l’époque des Nanbokuchô. 

Le Kanchi’in-bon se présente donc sous les traits d’une compilation aléatoire de plusieurs textes indépendants. Ces fragments peuvent être datés, pour certains d’entre eux, des ères Shôan et Shôwa, mais d’autres n’ont pu être rédigés avant la période des Nanbokuchô. L’indication selon laquelle ce livre est une copie d’un original conservé alors au Nantô’in ne se rapporte qu’à une partie de l’ouvrage, complétée par des ajouts postérieurs.

Kanchi'in-bon meizukushi
Extrait du Kanchi’in-bon meizukushi d’après le fac-similé de 1939, recto du 3ème folio.

Shinkan hidenshô

origine et postérité

La famille Takeya 竹屋, originaire de l’Owari, exerçait le métier de polisseur de sabres. A l’époque d’Oda Nobunaga, la maison Takeya était déjà divisée en plusieurs branches et au cours du xviie siècle celles-ci s’installèrent à Edo, Ôsaka, Kyôto et Nagoya. Bien qu’ils furent avant tout polisseurs de lames, notamment au service des Tokugawa, les Takeya jouèrent un rôle important dans la diffusion du savoir puisqu’ils firent circuler des livres (appelés collectivement Takeya-bon 竹屋本) dès l’époque de Muromachi. Certains de ces ouvrages ont été imprimés au début de l’époque d’Edo. C’est par exemple le cas du Shinkan hidenshô 新 刊秘伝抄 (Nouvelle édition de l’abrégé de transmission secrète) rédigé en 1591 par un disciple de Takeya Rian 竹屋理安 en se basant sur un texte du courant Utsunomiya (Utsunomiya-ryû 宇都宮流)[7] remanié par Rian au début de l’ère Tenshô (1573). L’introduction de l’ouvrage nous renseigne sur son origine :

Quelques deux cents années plus tard, sous les règnes de l’empereur Gokamatsu [1392-1412] et du shôgun Ashikaga Yoshimitsu [1367-1394], il y avait une personne se nommant Utsunomiya Mikawa Nyûdô qui appréciait les sabres et dont l’acuité des connaissances ne laissait aucun doute. […] Néanmoins, il rédigea le Hidanshô 秘談抄 (Abrégé des entretiens secrets) en cinq livres qui, légué à la postérité, parvint à Takeya Rian, habitant de la province d’Owari. Celui-ci sélectionna les passages importants de ces Entretiens secrets et les intitula Hidenshô 秘傅抄 (Abrégé des traditions secrètes). Il se compose de deux livres et le texte est très confidentiel ; chaque clause est une réelle tradition. Il va sans dire qu’on y juge les sabres anciens, non pas les sabres récents de piètre qualité, et on peut dire qu’il est extrêmement regrettable que des passages aient été omis. Quant aux très nombreuses notes que j’ai prises durant de longues années auprès des maîtres pour mes élèves, ayant été exilé par erreur, j’ai profité de ces loisirs forcés pour en extraire l’essentiel ainsi qu’y apporter des ajouts, et j’ai intitulé ces notes Nouvelle édition de l’abrégé de transmission secrète. C’est un livre important pour l’expertise qui sera précieux pour les générations futures. Je le tiens secret pour les ignorants.

時 有りて二百余歳の後、天子は後小松院、将軍は鹿苑院の御代、宇津宮三河入道なる者有り、剣刀を観察し、利鈍の鑑知は、恰も掌を指すが如し。[…] 然るに而して五冊の秘談抄を製作し、以って世に傅う的々相続して尾陽の住人竹屋理安に到る。又彼は秘談の枢機を抄出し秘傅抄と称し、巻は則ち上下、寔に文 々深秘、句々真傅也。然りと雖も上世の生氣名作を判断し、近代の火氣の下作を載せず、其の外に漏脱の条々有り頗る無念と謂う可し。予依って門弟の為に多年 師説を記し置く所のものは、積みて汗牛充棟の如し、偶たま配所に在りて懶睡を除き難きの次いでに、肝を抽き要を取り之に追加し以って新刊秘傅抄と号す。惟 うに是は當道の重書、後代の明鏡也。未学ばざるには秘す焉。

Ce manuscrit contient des explications détaillées sur les généalogies de forgerons et leur style, ainsi que des oshigata et des « instructions pour l’expertise » (kantei kokoroe 鑑定心得). Il a en outre le privilège d’être le premier livre à présenter son contenu de manière systématique et méthodique. Le Shinkan hidenshô, contrairement aux autres manuscrits, eut de nombreux lecteurs : après avoir subit quelques remaniements et ajouts en 1611 (Keichô 16), il est imprimé pour la première fois en 1661 (Manji 4) en sept volumes, sous le titre Kokon meizukushi 古今銘尽 (Recueil des signatures anciennes). Au total, il sera édité à six reprises au cours de l’époque d’Edo.

[7] Utsunomiya Mikawa Nyûdô Konjû 宇都宮三河入道根重, né dans  la province du Mino, était reconnu comme un expert accompli. L’année de sa mort est inconnue, mais il devait encore vivre durant la deuxième moitié de l’ère Ôei. Ashikaga Yoshimitsu aurait ordonné à Utsunomiya de procéder à une sélection de « lames qui conviennent » (shikarubeki- mono 可然物) et de « lames nouvelles » (shinsaku-mono 新作物). Ces deux listes sont reproduites dans le Honchô kaji-kô, vol. 8, f. 21-23. L’art de l’expertise de l’école Utsunomiya se développa dans le Mino et fut perpétué par les seigneurs Saitô 斎藤, dont l’intérêt porté à l’étude des lames se traduisit en 1504 par la compilation de l’Ôsekishô 往昔抄 (Sélection des temps anciens) de Saitô Toshiyasu 斎藤利安.

Hon’ami Kôtoku katana ezu

Des familles exerçant le métier de polisseur, les Hon’ami 本阿弥 sont les plus connus ; à partir de la 7e génération, Kôshin 光心, la branche principale commença à se diviser en branches cadettes, dont le nombre fut arrêté à onze. Les Hon’ami font remonter leurs origines à un certain Myôhon 妙本 qui aurait été au service d’Ashikaga Takauji, mais ce n’est qu’à partir de la 6e génération, Honkô 本光 ( ?-1534), que la famille adopta le patronyme Hon’ami et ils n’exercèrent une réelle influence sur le milieu du sabre qu’à partir de Kôtoku 光徳 (1554-1619), la 9e génération de la branche principale, lorsqu’il entra au service de Toyotomi Hideyoshi, puis de Tokugawa Ieyasu qui le nomma officiellement expert du bakufu (goyô-mekiki 御 用目利き).[8]

En qualité d’experts, les Hon’ami étaient habilités à fournir des certificats d’authenticité (origami 折紙), émis cependant à titre officiel par le seul chef de famille de la branche principale. L’attribution à une école ou à un forgeron d’une lame non signée ou d’une lame raccourcie se faisait également directement sur la soie de celle-ci. Il reste de nombreuses lames anciennes dont le nakago porte en incrustation d’or le nom du forgeron auquel la lame est attribuée par l’expert Hon’ami qui appose sa signature sur le revers. L’activité professionnelle des Hon’ami, en tant que polisseurs et experts, leur permit de « voir passer » de nombreuses lames. L’une de leur grande contribution à l’étude des sabres japonais fut la compilation de recueils de dessins de lames. Ces recueils d’oshigata (oshigata-shû 押 形集) n’étaient pas diffusés sous forme de livres imprimés, mais quelques copies manuscrites nous sont parvenues. Le plus ancien serait le Hon’ami Kôshin oshigata 本阿弥光心押形 (Recueil d’empreintes de Hon’ami Kôshin), par le grand-père de Kôtoku, mais dont il ne reste qu’une copie tardive qui mentionne une date originelle de 1556. Le plus célèbre est l’album rassemblé par Kôtoku, le Hon’ami Kôtoku oshigata 本阿弥光徳押形, dont il offrit une copie en 1588 à Ishida Mitsunari 石田三成 (la plus ancienne version connue) et une autre à Môri Terumoto 毛利輝元 en 1594. Ce recueil est plus connu sous le nom Hon’ami Kôtoku katana ezu 本阿弥光徳刀絵図 (Dessins de sabres par Hon’ami Kôtoku), ou simplement Katana ezu et a été publié en 1970.

L’originalité des albums des familles Hon’ami est de reproduire des lames anciennes en taille réelle et dans toute leur longueur. Citons encore le Hon’ami Kôzan oshigata 本阿弥光山押形, le plus volumineux, qui contient 2.727 oshigata de lames anciennes qui furent en réalité rassemblés par son fils. C’est à l’occasion de sa publication en 1917 (Taishô 6) par une association de collectionneurs (Chûô Tôken-kai 中央刀剣会) qu’il fut faussement intitulé Kôzan oshigata, nom sous lequel il reste connu aujourd’hui. Le plus original est sans doute le Hon’ami Kôetsu oshigata 本阿弥光悦押形, dont il existe deux versions : le premier reproduit des empreintes de nakago intégrées dans un décor au paysage de fleurs et de plantes réalisé à la poudre d’or et d’argent. La seconde comporte en plus des nakago les pointes des lames. C’est cette dernière version qui fut diffusée par copies à la fin de l’époque d’Edo et publiée en 1928 en annexe au Tsuguhira oshigata 継平押形, tout comme le Hon’ami Kôon oshigata 本阿弥光温押形 de 1661.

Mentionnons encore le Hon’ami Kôitsu oshigata 本阿弥光一押形, par la 17e génération de la branche principale (?-1823) ; le Hon’ami Kôsai oshigata 本阿弥光柴押形, compilé entre 1596 et 1624 et indiquant le nom des propriétaires des lames et, pour finir, le Hon’ami Kôsai oshigata 本阿弥光済押形  dans lequel sont représentées 380 lames anciennes et dont il reste une copie de 1774.

[8] Fukunaga, op.cit., vol. 5, p. 37-38 et 49-53 pour les paragraphes suivants ; Homma et Satô, Nihontô Zenshû, vol. 4, p. 198.
Katana ezu
Lame de Kuniyuki illustrée dans dans la version Môri.

Autres recueils d’oshigata

La famille d’experts Hon’ami n’était pas la seule à prendre des oshigata de lames. Citons par exemple l’Umetada meikan 埋忠銘鑑 (Recueil de signatures de la famille Umetada), compilé entre 1596 et 1648 par plusieurs artisans de l’école d’Umetada Myôju. L’ouvrage original fut en réalité le registre (hikaechô 控帳) dans lequel étaient notés tous les travaux commandés à l’atelier. Les lames représentées sur ce registre sont généralement accompagnées d’une note indiquant la nature du travail exécuté pour chacune d’entre elles – qui pouvaient être la réalisation des parties métalliques d’une monture, l’incrustation d’or d’une signature, une amputation de lame ou la gravure d’un horimono – ainsi que des informations diverses qui pouvaient concerner le propriétaire de la lame ou une valeur pécunière attribuée par les Hon’ami. Fournissant de nombreux renseignements sur des lames en partie célèbres, cet ouvrage fut copié durant l’époque d’Edo et, en 1828, un collectionneur anonyme classa toutes ces empreintes par province et lui donna le nom sous lequel il est connu de nos jours. En 1917 il fut publié une première fois par la même association (Chûô Tôken-kai) qui édita le Hon’ami Kôzan oshigata

D’autres recueils célèbres sont par exemple le Tsuchiya oshigata 土屋押形, album réuni par le polisseur Tsuchiya Yoshinao 土屋温直, le Kubigiri Asaemon tôken oshigata 首斬り浅 右衛門刀剣押形 (Recueil d’empreintes de sabres des bourreaux Asaemon), qui contient les empreintes des lames confiées à plusieurs générations de testeurs Yamada, ou encore le Kajihei shingi oshigata かぢ平真偽押形 (Recueil d’empreintes de lames authentiques et fausses de Kajihei) dans lequel furent publiés les oshigata des lames authentiques qui servirent à Hosoda Naomitsu 細田直光 (Kajihei) pour forger ses faux à la fin du xixe siècle.[9]

[9] Fukunaga, op. cit., vol. 2, p. 245.

Kyôhô meibutsu-chô

Les Hon’ami ne laissèrent que très peu de livres et pour ainsi dire aucun traité, mis à part le dictionnaire de signatures comportant des généalogies que publia Hon’ami Nagane 本阿弥長根 en 1830 (Kôsei kotô meikan 校正古刀銘鑑, Répertoire corrigé des signatures de lames anciennes) et que la famille s’empressa de faire retirer de la vente. Le Kyôhô meibutsu-chô 享保名物帳 (Mémento de l’ère Kyôhô des objets célèbres) est un manuscrit retraçant l’historique de 235 lames anciennes conservées dans les collections des daimyô et des Tokugawa, et dont la rédaction fut ordonnée par le shôgun Yoshimune. Les Hon’ami se sont basés sur les archives accumulées par la famille pour honorer la commande qui fut satisfaite en 1719 (Kyôhô 4). Édité plus tard sous forme d’imprimé à plusieurs reprises, ce livre n’est pas à proprement parler un traité sur l’appréciation des lames, mais un répertoire des lames célèbres dont il retrace les histoires. Les meibutsu qui subsistent actuellement sont des lames décrites dans ce livre. [10]

Tôken meibutsu-chô
Publication de 1932 éditée par le Chûô tôken kai sous le titre Tôken meibutsu-chô.
[10] Fukunaga, op. cit., vol. 5, p. 54.

Kokon meizukushi

Les documents, livres et recueils originaux mentionnés ci-dessus sont d’un grand intérêt historique, mais n’eurent, de leur temps, qu’une faible diffusion. Grâce à la reproduction des textes par impression xylographique, le nombre des titres augmenta notablement durant la période d’Edo, et particulièrement après l’ère Genroku (1688-1704). Ce n’est pas tant la nouveauté de la technique d’impression que la mise en place d’un circuit de distribution du livre qui permit à ce type d’ouvrage de toucher un plus vaste public. L’univers du sabre au xviie siècle est marqué par la publication des traités de l’époque de Muromachi, comme le Kokon meizukushi. Ces premiers imprimés devaient sans doute suffir à la curiosité des lecteurs puisque, mis à part quelques rares exceptions, aucun ouvrage nouveau ne parut avant le début du xviiie siècle.

Le plus important d’entre eux est le Shinkan hidenshô 新刊秘伝抄 (Nouvelle édition de l’abrégé de transmission secrète), publié pour la première fois en 1661 (Manji 4) sous le titre Kokon meizukushi 古今銘盡 (Recueil des signatures anciennes), en sept livres, avec quelques ajouts. Cette somme, qui résume les connaissances accumulées par des guerriers amateurs de lames et des polisseurs tout au long de la période de Muromachi, fera l’objet de plusieurs éditions sous des titres différents au cours des  xviie et xviiie siècles.

Kokon meizukushi extrait
Extrait de la première édition du Kokon meizukushi représentant un wakizashi de Sôshû Akihiro et un tachi d’Etchû Norishige.

Arami meizukushi

Publié en 1721, l’Arami meizukushi 新 刃銘盡 (Recueil de signatures des nouvelles lames) de Kanda Hakuryûshi 神 田白龍子 est le premier livre consacré aux lames shintô. On le trouve parfois cité sous le nom Shintô meizukushi, erreur tenace qui date de l’époque d’Edo. L’auteur naît en 1680 (Enpô 8) et meurt en 1760 (Hôreki 10) à l’âge de 81 ans. Fort érudit et s’exprimant avec verve, il fréquentait les résidences de différents daimyô pour commenter des ouvrages militaires. L’histoire de la littérature le reconnaît surtout comme auteur de dangi-bon 談義本, sortes de livres drôlatiques.

D’après ses propres mots dans les remarques liminiares du premier volume, l’absence de recueils sur les « nouveaux forgerons » a été sa motivation première pour la compilation de son oeuvre. Il considère que ces nouveaux forgerons sont d’excellents artisans et regrette de les voir ignorés. Il se propose donc de consigner – de manière non exhaustive comme il le précise – les forgerons actifs depuis l’ère Keichô, en déterminant principalement leur lieu d’activité, en décrivant leurs motifs de trempe (et en général leur travail) et en fournissant les variantes dans les signatures qu’il a pu étudier.

Le contenu de cet ouvrage en six livres peut être divisé en deux parties : il se compose d’une part d’une série de textes d’introduction au monde du sabre qui occupe les 19 premiers folios et, d’autre part, de la partie proprement « dictionnaire ». La première partie est constituée d’une série de textes consacrés, entre autres, au polissage, aux lames attribuées, aux kazu-uchi, à la manière de regarder un sabre, aux kizu... Ces différents textes fournissent aux « débutants » – puisque c’est en partie aux néophytes que Kanda s’adresse – des informations générales sur le milieu du sabre, ainsi que des explications sur le vocabulaire sibyllin en usage chez les « professionnels ».

L’Arami meizukushi a été republié sous forme de fac-similé en 1974.

Arami meizukushi
Arami meizukushi, première page du dictionnaire, consacrée à Kunihiro.

Shintô bengi

Plus d’un demi siècle après la parution du premier recueil sur les « sabres nouveaux », un second ouvrage traitant des lames shintô paraissait en 1777, et portait précisément ce terme dans son titre : le Shintô bengi 新刀弁疑. Le titre complet du recueil est en réalité Keichô irai shintô bengi 慶長以来新刀弁疑, qu’on pourrait traduire par « Analyse des nouveaux sabres forgés depuis l’ère Keichô ». Quoique le terme d’« analyse » paraisse un peu trop moderne, il s’agit bien de « mettre en doute » et de « discerner » les qualités des shintô. Le Shintô bengi de Kamada Gyomyô[11] 鎌田魚妙 est connu en Occident grâce à la compilation de W.M. Hawley intitulée Shinto Bengi Oshigata et reproduisant (uniquement) les dessins.

Kamada naît en 1726 dans la province d’Iyo. A l’âge de 20 ans il se rend à Kyôto et entre au service d’un aristocrate de la Cour. Trois ans plus tard, en 1749, il s’installe à Edo où il aurait pu rencontrer Kanda. Trois ans plus tard il revient à Kyôto, change encore plusieurs fois d’employeur et entre au service de Matsudaira Tomonori 松平朝矩 lorsque lui est confié l’important fief de Kawagoe 川越 en 1768. En 1777, Kamada publie donc le Shintô bengi, et meurt en 1796, juste après la parution de son second recueil, le Honchô kaji-kô 本朝鍛冶考[12]. Homma Junji révèle dans la notice qui lui est consacrée dans le Nihon rekishi daijiten[13] que, « bien qu’il fut un érudit, il ne faisait pas autorité en matière d’identification et ses expertises et recommandations sont prises avec précaution. »

Le Shintô bengi est publié en 1777 en cinq fascicules. Il connaîtra encore trois éditions au cours desquelles il sera à chaque fois augmenté : il totalise sept fascicules en 1779, huit en 1784 et finalement neuf en 1794. Le premier livret se compose principalement de textes rédigés sous la forme de « réponses » à certains problèmes touchant à la divination, au forgeage, au polissage et s’achève par les généalogies des forgerons shintô. Ces arbres généalogiques sont une nouveauté par rapport au livre de Kanda. Les deuxième et troisième livres, de 22 folios chacun, sont une classification qualitative des forgerons selon deux catégories – supérieure (vol. 2) et moyenne (vol. 3) – elles-mêmes subdivisées en trois sous-catégories (supérieure, moyenne et inférieure). Le classement des forgerons ébauché par Kanda a été développé ici par Kamada, qui a recensé 1007 artisans, soit 337 de plus que son prédécesseur. Les trois livres suivants contiennent les planches. Contrairement à l’Arami meizukushi, le classement des illustrations suit un ordre géographique, celui des « Cinq provinces et sept circuits ». Le septième livre présente deux répertoires de noms d’artisans dressés par Sumino Masahisa [14] 角野正久. Les huitième et neuvième volumes sont des ajouts d’illustrations supplémentaires de lames.

Cet ouvrage apporta réellement des innovations qui firent son succès comme en témoigne le nombre des éditions successives. Il y a quelques différences majeures avec les dessins de Kanda : tout d’abord, Kamada a choisi de ne pas représenter uniquement les soies, mais également une portion de la lame elle-même, si ce n’est sa totalité ; dans certains cas, il reproduit toute la lame en juxtaposant les différentes portions. Deuxièmement, les objets sont représentés à l’échelle ; non seulement il ne contraint pas la taille et les proportions des lames pour les adapter à un format normalisé, mais va jusqu’à modifier la forme des marges de la page pour y insérer ses dessins sans avoir à en retrancher une partie (voir ill.). Troisièmement, la reproduction des signatures est très fidèle : Araki[15] reproche d’ailleurs à Kanda la « mauvaise reproduction des signatures » (銘形モ十分ナラズ) car « toutes les inscriptions sont reproduites dans le même style calligraphique » (諸銘ドモニ同様ノ筆法ナリ). Autrement dit, Kanda ne respecte pas l’écriture particulière de chaque forgeron lorsqu’il recopie les signatures. Araki termine en disant que « plus tard, ces dessins gagneront en précision » (後年ニ至レル程段々ト委シクナルコト也). C’est effectivement ce que nous pouvons observer avec le Shintô bengi dans lequel, dit-on, les faussaires trouvaient leurs modèles pour exécuter leurs forgeries.

[11] Certains auteurs lisent « Kamata Natae ».
[12] Fukunaga, « “Shintô” no so, Kamata Natae », dans Rei n°267, mars 1988, p. 4-9 ; Id., Nihontô daihyakka jiten, vol. 2, p. 44-45.
[13] Nihon rekishi daijiten 日本歴史大辞典, Kawade shobô 河出書房, 1972.
Shintô bengi
Page du 5e volume du Shintô bengi représentant un gassaku de Kawachi no kami Kunisuke et Yamato no kami Yoshimichi, ainsi qu’un yari et un wakizashi de Kunisuke.
[14] D’après la version électronique du Kokusho sômokuroku, Sumino Juken 角野寿見 a notamment laissé un recueil d’oshigata (Sumino-ke oshigata-shû 角野家押形集) et un livre d’expertise (Sumino Juken mekiki-shû 角野寿見目利集).
[15] Le troisième volume du Shintô benwaku-roku (1797) d’Araki Ittekisai contient un chapitre intitulé « Critique du Shintô [Arami] meizukushi » (Shintô meizukushi no hyô 新刀銘尽之評, folios 1 à 6) et un autre portant le titre Shintô bengi no hyô (folios 9 à 19).

Kotô meizukushi taizen

L’auteur, Ôgi Iori 仰木伊織, était originaire de la province du Mino (Ôgaki 大垣) et succéda, en 1774 (An’ei 3), à la tête de la famille qui assumait la charge de desservant du sanctuaire local. Outre les haikai, il aimait les sabres et en aurait étudié l’expertise auprès des Hon’ami d’Edo. La date de sa mort n’est pas connue.[16]

Le Kotô meizukushi taizen 古刀銘尽大全 (Recueil complet des signatures des sabres anciens), publié en 1792 à Edo par Tanaka Kyûkosai 田中汲古斎, est constitué de 9 livrets pouvant être divisés grosso modo en quatre parties. Une première partie (vol. 1) comporte toute une série de textes qui, de la même manière que dans l’Arami meizukushi, sont destinés aux « débutants » (shoshin 初心) et doivent les introduire dans le monde de l’expertise des lames. Plusieurs folios sont également consacrés à la terminologie (le nom des trempes, des yasurime, etc.). Dans une seconde partie (vol. 2 et 3) Ôgi fournit les généalogies de toutes les écoles kotô. La troisième partie (vol. 4 à 6) est le dictionnaire de forgerons, sans illustrations. Elle commence par une série de listes, comme celle des forgerons de Go-Toba, et se poursuit par un répertoire des « forgerons homonymes de toutes les provinces » et une « répartition qualitative des forgerons et leurs dates ». Cette évaluation classe les forgerons dans cinq catégories, de jôjô-saku 上々作 à gesaku 下作. Cette troisième partie se termine par la description du style de 164 forgerons célèbres. La quatrième et dernière partie de l’ouvrage (vol. 7 à 9) regroupe toutes les planches.

En ce qui concerne les trois volumes d’illustrations, Ôgi regroupe dans le premier (vol. 7) toutes les lames pour lesquelles il procure, outre un dessin de la soie, une représentation d’une partie de la lame. Il rassemble dans les deux derniers fascicules toutes les lames pour lesquelles il ne dispose que d’un dessin du nakago. Le soin apporté à la représentation des objets est très inférieur à celui dont avait fait preuve Kamada dans le Shintô bengi. Ceci s’explique peut-être par le fait qu’Ôgi n’a jamais eu ces lames entre les mains. En effet, il ressort d’un rapide examen comparatif des nakago de lames du Bitchû illustrés dans le Kokon meizukushi avec ceux reproduits par Ôgi que sur les dix soies du Kokon meizukushi, neuf sont recopiées à l’identique – mais dans un ordre différent – dans le Kotô meizukushi taizen. La seule différence réside dans les annotations et le noircissement des gouttières. Ainsi Ôgi a-t-il, au moins en partie, tout simplement recopié des documents antérieurs pour constituer son recueil d’oshigata.

[16] Fukunaga, Nihontô daihyakka jiten, vol. 1, p. 186.
Kotô meizukushi taizen
Fac-similé de 1944 d’un exemplaire du Kotô meizukushi taizen ayant appartenu à Hon’ami Kisanji 本阿弥喜三二 de la branche de Kaga qui y apporta des corrections et annotations manuscrites (photo ci-dessous).
Kotô meizukushi taizen extrait

Honchô kaji-kô

Le Honchô kaji-kô 本朝鍛冶考 (Réflexions sur les forgerons du Japon, 1796) est la seconde ½uvre de Kamada Gyomyô qui publia le Shintô bengi vingt ans plus tôt. Paru quatre ans après le dictionnaire d’Ôgi, le recueil de Kamada comporte un nombre de noms d’artisans sensiblement identique, mais les illustrations sont de meilleure qualité.

L’ouvrage est constitué de 18 livres réunis dans 12 fascicules dont chacun porte le nom d’un animal du zodiaque. Le premier fascicule commence par la préface, l’introduction et les remarques liminaires habituelles. Kamada insert une bibliographie, pratique inhabituelle, des quelque 60 titres qui lui ont permis de compiler son recueil ; il ne cite pas le Kotô meizukushi taizen. La suite de ce livre fournit la liste des caractères, accompagnés de leur lecture, utilisés dans les noms d’artisans. Le classement suit l’ordre syllabique moderne. S’ensuit un long répertoire des noms de forgerons, triés dans le même ordre, pour lesquels il est précisé le nombre de personnes qui utilisèrent chaque nom, ainsi que leur province. Ce fascicule « rat » se termine par la liste des ères et la table des matières. La suite de l’ouvrage – les fascicules « b½uf » à « dragon » qui contiennent les volumes numérotés de 1 à 8 – présente les arbres généalogiques des écoles anciennes. Ils sont classés par provinces, elles-mêmes arrangées par circuits. La mise en page très « aérée » explique le nombre de folios très supérieur à celui qu’Ôgi avait réservé à ses généalogies. Le fascicule « serpent » (vol. 9) contient des « commentaires et des théories divergentes sur les forgerons de toutes les provinces ». Les fascicules « cheval » à « chien », soit les livres 10 à 17, présentent les « illustrations commentées des soies ». Enfin, le 18e et dernier volume contient les « commentaires et toutes les théories sur la forme des soies ».

Pour ce qui est des illustrations, l’extrait ci-contre représente des morceaux de trois lames de l’école Awataguchi : la soie d’un tachi de Kunitomo ; la soie et la pointe d’un poignard du même forgeron ; la soie et une portion de lame d’un tachi de Hisakuni. La différence la plus frappante avec les dessins antérieurs réside dans l’utilisation de hachures pour évoquer la surface très oxydée de ces soies anciennes. Cette innovation est purement décorative, car elle n’apporte aucune information supplémentaire. De même, Kamada trace les yasurime sur toute la longueur de la soie et donne à celle-ci un contour irrégulier qui contribue à accroître le réalisme des dessins. On mesure les progrès et les innovations apportées dans la reproduction xylographiée de dessins de lames depuis Kanda.

Honchô kaji-kô
Extrait du Honchô kaji-kô, vol. 10, folio 32.

Autres imprimés de l’époque d’Edo

La deuxième moitié du xviiie siècle est marquée par une forte augmentation du nombre de publications xylographiques. Jusque dans les années 1870, il paraît en moyenne un ou deux nouveaux titres par an, sans compter les rééditions. Les énumérer tous serait aussi fastidieux qu’inutile dans le cadre de cet article ; on se contentera de citer les principaux.

Le nouvel engouement pour les shintô se traduisit notamment par la parution du Shintô benwaku-roku 新刀辨惑録 (Notes perplexes sur la distinction des nouveaux sabres) d’Araki Ittekisai 荒木一滴斎 en 1797 et le Keichô irai shintô mondô 慶長以来新刀問答 (Conversations sur les nouveaux sabres depuis l’ère Keichô) de Wakabayashi Tôsui 若林東水 en 1799.

La renaissance des shinshintô initiée par Suishinshi Masahide qui prônait un retour au style des lames anciennes stimula également les écrivains et entraîna la publication de nouveaux titres consacrés aux kotô. Le premier à paraître fut le Tôken sengakushû 刀剣撰学集 (Compilations pour l’étude des sabres) de Kojima Kurobee 小島九郎兵衛 et Nanbu Kichiemon 南部吉右衛門, mais comme ce livre ne comportait ni généalogies, ni illustrations, il ne reçut qu’un accueil réservé et l’ancien Kokon meizukushi taizen de 1661, édité pour la dernière fois en 1778, demeura la référence jusqu’à la publication, en 1791 du Kotô meizukushi taizen d’Ôgi qui le déclassait par son contenu étendu.

Ces publications du xviiie siècle entraînèrent également un regain d’intérêt pour la collection des lames, puisque la demande pour les dictionnaires de noms de forgerons (meikan 銘鑑) augmenta durant la deuxième moitié du xixe siècle : d’abord le Kokon kaji bikô midashi 古今鍛冶備考見出 (Index annoté des forgerons anciens) en 1825 puis, deux ans plus tard, le Kokon tôken meizukushi 古今刀剣銘盡 (Recueil de signatures des sabres anciens) d’Ônishi Yoshikata 大西義方 et en 1830 commença la vente de l’excellent Kokon kaji bikô 古今鍛冶備考 (Notes sur les forgerons anciens) sous le nom de Yamada Asaemon 山田浅右衛門. Les lecteurs purent aussi trouver à partir de 1837 sur le marché le dictionnaire de Tanaka Kiyofusa 田中清房, le Kotô meishûroku 古刀銘集録 consacré uniquement aux forgerons de lames anciennes, ainsi que le Honchô shintô ichiran 本朝新刀一覧 (Panorama des nouveaux sabres du Japon, 1845) d’Imamura Yukimasa 今村幸政 qui recense les artisans de l’époque des shintô. Quant à Ozeki Nagatomi, il fit paraître le Kôsei kokon kajimei hayamidashi 校正古今鍛冶銘早見出 (Index corrigé des signatures de forgerons anciens et contemporains) en 1849.

La multiplication des livres de forgerons est également un événement nouveau dans le monde de l’édition en cette fin de la période des Tokugawa. Le premier du genre, le Kentô hihô 検刀秘宝 (Trésors cachés des sabres examinés) du forgeron Ômura Kaboku 大村加ト, qui aborde l’étude du sabre non pas sous l’aspect généalogique des artisans ou stylistique des lames, mais du point de vue de la technique de forgeage, remonte à 1684. Ce livre précurseur est une source importante pour l’étude du savoir-faire des artisans à cette époque, mais c’est Suishinshi Masahide qui lança la mode de ce genre. Dans le Tôken buyô-ron 刀剣武用論 (Discours sur l’utilisation martiale des sabres) de 1812, Masahide repousse l’approche des « experts-appréciateurs » et jette sur les lames un regard de forgeron. Le texte fut apprécié par de nombreux lecteurs de la classe militaire et donna naissance à une série de titres qui s’enchaînèrent dans l’exploration de cette nouvelle perspective. L’ouvrage sera d’ailleurs augmenté après sa mort et rebaptisé Tôken jitsuyô-ron kôhen 刀剣実用論後編 (Suite au discours sur l’utilisation réelle des sabres) en 1828. En 1816 il publia le Tôken benkai 刀剣辨疑 (Explication des sabres) et les écrits de l’un de ses disciples, Matsumura Masanao 松村昌直 ( ?-1834), parurent à titre posthume en 1840 sous le titre Tôken wakumon 刀剣或問 (Quelques questions sur les sabres).

Le dernier livre de l’époque d’Edo à paraître et à être imprimé en xylographie est le Shintô meishûroku 新刀銘集録 (Collection de signatures des sabres nouveaux) de Morioka Chôson 森岡朝尊 en 1856 et qui est entièrement consacré aux forgerons de la première moitié du xixe siècle.


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