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Critères d'appréciation du NBTHK


En novembre 2005, le NBTHK lançait auprès de ses lecteurs un sondage d'opinion[1], leur demandant de s'exprimer au sujet de leur magazine Tôken bijutsu. Les résultats de cette enquête furent publiés en mai 2006[2] : se donnèrent la peine de répondre aux quatre questions posées 391 abonnés, parmi lesquels 247 personnes se déclaraient globalement satisfaites du magazine (1ère question). A la 4ème question « quels sont les thèmes que vous aimeriez voir traiter ? », certaines réponses touchaient indirectement les certificats. Hasard du calendrier (?), le NBTHK avait publié deux mois plus tôt les critères d'attribution de ses certificats[3].

Les certificats du NBTHK établissent un classement qualitatif des objets en 4 niveaux : hozon 保存 (« à préserver »), tokubetsu hozon 特別保存 (« à préserver particulièrement »), jûyô 重要 (« important ») et tokubetsu jûyô 特別重要 (« particulièrement important »). Ces distinctions s'appliquent aux trois catégories d'objets que sont les lames, les montures complètes (tôsô 刀装) et les éléments de montures isolés (tsuba 鐔, fuchi-gashira 縁頭, menuki 目貫…).

En voici la traduction :

[1] Tôken Bijutsu n°586, novembre 2005, p. 52.
[2] Tôken Bijutsu n°592, mai 2006, p. 40-41.
[3] Tôken Bijutsu n°590, mars 2006, p. 47-49.

Première section – les lames

A. Hozon tôken 保存刀剣 (« lames à préserver »)

Sont éligibles au statut hozon :

1) les lames forgées jusqu'à la fin de la période d'Edo, quelles que soient l'école et la province de fabrication, et dont la signature est authentique, ainsi que les lames non signées caractéristiques d'une période, d'une province et d'une lignée.

2) parmi les lames répondant aux critères définis ci-dessus, également celles qui présentent défauts (kizu キズ) et fatigue (tsukare 疲れ), à condition que ceux-ci ne gênent pas l'appréciation de la lame.

3) les lames retrempées (saiha 再刃, yakinaoshi 焼直し), à condition qu'elles portent la signature d'un forgeron célèbre antérieur à Muromachi, que l'aspect documentaire soit important et que le jiha 地刃 et le nakago 茎 soient peu abîmés. Cela (le fait que la lame est retrempée) sera noté sur le certificat.

4) les lames présentant des réparations (hoshû 補修) dans le ji et le ha, à condition que celles-ci ne gâchent pas de manière significative l'apparence esthétique.

5) les bonnes lames (deki no yoi mono) de forgerons de Meiji et Taishô, ainsi que celles de bonne qualité de forgerons décédés postérieurement, à condition que le nakago soit dans son état d'origine (ubu 生ぶ) et signé.

6) Lorsque l'authenticité d'une lame ne peut être établie [de manière suffisamment convaincante] par sa signature et / ou son style, elle est mise sous « réserve » (horyû 保留)[3].

7) Les lames présentant un hagire 刃切れ sont rejetées.

[3] Cette mention est apportée sur le carton envoyé au propriétaire de l'objet soumis à l'expertise pour l'informer du résultat. Le certificat ne sera pas délivré.

B. Tokubetsu hozon tôken 特別保存刀剣 (« lames à préserver particulièrement »)

Sont éligibles au statut tokubetsu hozon les lames qui, parmi les tokubetsu kichô tôken 特別貴重刀剣, kôshu tokubetsu kichô tôken 甲種特別貴重刀剣 [4] ainsi que les hozon, en plus d'être de bonne qualité, sont dans un bon état de conservation. Cependant, sont exclus les cas suivants :

1) les lames signées et non signées, quand les kizu, la fatigue et les réparations sont apparents et nuisent à l'aspect esthétique.

2) les lames retrempées. Néanmoins, parmi les lames signées de forgerons célèbres, celles dont l'aspect documentaire est particulièrement important sont acceptées.

3) les lames de forgerons « pas célèbres » de la période d'Edo et qui sont de qualité moyenne ou inférieure.

4) les lames non signées des périodes de Muromachi et Edo. Cependant, les lames de bonne qualité en excellent état de conservation avec ubu nakago et qui peuvent être attribuées à un forgeron célèbre peuvent obtenir le statut tokubetsu hozon.

5) les lames de la période d'Edo dont la signature est tronquée (meigire 銘切れ).

6) les lames avec hagire.

[4] Kichô tôken, tokubetsu kichô tôken et kôshu tokubetsu kichô tôken sont les noms de trois anciens types de certificats dans l'ancien système d'appréciation du NBTHK. Les trois niveaux kichô, tokubetsu kichô et kôshu tokubetsu kichô s'appliquaient aussi aux kodôgu.

C. Jûyô tôken 重要刀剣 (« sabre important »)

1) Parmi les lames ayant déjà le statut tokubetsu kichô tôken 特別貴重刀剣, kôshu tokubetsu kichô tôken 甲種特別貴重刀剣, hozon tôken ou tokubetsu hozon tôken, celles de la période de Heian à Edo qui sont particulièrement d'excellente qualité et en très bon état de conservation, et qui sont jugées comme pratiquement l'équivalent des jûyô bijutsuhin 重要美術品 (oeuvre d'art importante) dans le système de classification national (kokunintei 国認定) [5], sont éligibles au statut de jûyô tôken.

2) Les lames mumei répondant aux critères ci-dessus peuvent obtenir le certificat jûyô à condition qu'elles ne soient pas postérieures à la période des Nanbokuchô. Quant aux lames des périodes Muromachi et Edo, elles doivent en principe être signées et ubu.

[5] Le titre jûyô bijutsuhin était d'usage dans l'ancien système de protection patrimoniale (kokunintei) remplacé en 1950 par le système actuel (kokushitei), plus sélectif, qui distingue les jûyô bunkazai (bien culturel important) et les kokuhô (trésor national).

D. Tokubetsu jûyô tôken 特別重要刀剣 (« sabre particulièrement important »)

Sont éligibles au statut de tokubetsu jûyô tôken, les lames jûyô qui en plus d'être d'excellente qualité, sont dans un état de conservation excellent et peuvent être jugées comme correspondant aux meilleurs jûyô bijutsuhin du kokunintei. De plus, elles sont considérées comme ayant une valeur correspondant au jûyô bunkazai 重要文化財du kokushitei 国指定 [6].

[6] Lors de la refonte du système de protection patrimoniale,  les jûyô bijutsuhin, dont l'exportation n'était d'ailleurs pas interdite, n'ont pas tous été requalifiés en jûyô bunkazai.

Deuxième section – les montures complètes

A. Hozon tôsô 保存刀装 (« monture à préserver »)

Peuvent obtenir le statut de hozon tôsô :

1) parmi les montures (koshirae 拵) datant d'avant Momoyama, celles qui ont une valeur documentaire et qui témoignent des caractéristiques de leur époque, même s'il y a quelques défauts et des réparations.

2) les montures de la période d'Edo en bon état de conservation qui ont une valeur documentaire.

3) les montures postérieures à Edo fabriquées dans les règles de l'art traditionnelles et qui sont d'une excellente facture artistique et artisanale. Cependant, les objets d'artisans encore vivants ne sont pas examinés par le jury.

4) les koshirae reconnus globalement de haute valeur artistique, même s'il manque le kozuka et le kôgai, mais à condition que les autres éléments métalliques (kanagu 金具) et la laque du fourreau (sayanuri 鞘塗) soient de bonne qualité. Dans ce cas, il sera fait mention de l'absence du kozuka (小柄欠) ou du kôgai (笄欠) [sur le certificat].[7]

5) les koshirae reconnus globalement de haute valeur artistique, même si le kozuka ou le kôgai ont une fausse signature, mais à condition que les autres kanagu et le sayanuri soient de bonne qualité. Dans ce cas, il sera fait mention de l'absence du kozuka (小柄欠) ou du kôgai (笄欠).

6) les koshirae dont les signatures sur les tôsôgu peuvent être attribuées à un même artisan, même si des recherches sont nécessaires, à condition que les autres éléments métalliques (kanagu) ainsi que la poignée (tsukamae 柄前) et la laque du fourreau (sayanuri) soient en harmonie. Cependant, dans ce cas, il sera noté « porte la signature xxx » pour les kanagu en question.

7) les koshirae dont le tsuka-maki a subit des réparations ultérieures ou a été changé, à condition qu'il soit en harmonie avec le sayanuri et les tôsôgu, et reconnu de valeur artistique.

8) Les koshirae de fabrication étrangère ne peuvent être soumis au shinsa.

9) A l'exception des montures de style aikuchi, les koshirae dont il manque la tsuba ne sont en principe pas éligibles.

[7] kanagu : parties métalliques fixées au koshirae comme le fuchi-gashira 縁頭 sur la poignée, les ashi-kanamono 足金物, dôgane 胴金, origane 折金, kojiri sur le fourreau. Le terme kodôgu 小道具 désigne plus particulièrement les menuki 目貫, kozuka 小 柄 et kôgai . Enfin, le terme générique tôsôgu regroupe kanagu et kodôgu.

B. Tokubetsu hozon tôsô 特別保存刀装 (« monture à préserver particulièrement »)

Peuvent obtenir le statut de tokubetsu hozon tôsô :

1) les montures parmi les tokubetsu kichô tôsô 特別貴重刀装, les kôshu tokubetsu kichô tôsô 甲種特別貴重刀装 ou les hozon tôsô qui en plus d'être de bonne facture sont dans un bon état de conservation.

2) les œuvres, quelle que soit la période de fabrication avant Meiji, dont les réparations sont comparativement peu nombreuses et qui sont particulièrement d'excellente qualité.

3) parmi les montures saines d'après Edo, les koshirae particulièrement excellents. Parmi les œuvres d'artisans décédés après Edo, celles réalisées d'après les techniques traditionnelles, dont la production est extrêmement bonne et qui ont une grande valeur artistique.

4) de toutes les périodes, les koshirae dont les kanagu, sans être l'œuvre d'artisans célèbres, mais dont la réalisation est excellente et sont reconnus comme ayant une très grande valeur artistique en tant que koshirae.


C. Jûyô tôsô 重要刀装 (« monture importante »)

Peuvent obtenir le certificat jûyô tôsô :

1) les montures certifiées tokubetsu kichô tôsô 特別貴重刀装, kôshu tokubetsu kichô tôsô 甲種特別貴重刀装, hozon tôsô ou tokubetsu hozon tôsô qui datent d'avant la période de Momoyama, qui sont de très bonne qualité et dont la valeur est reconnue comme très importante du point de vue artistique et artisanal.

2) parmi les koshirae datant des périodes Edo et Meiji, ceux qui sont particulièrement de bonne qualité et dont l'état de conservation est très bon, et dont la valeur documentaire est extrêmement importante.

3) parmi les koshirae datant des périodes Edo et Meiji, ceux dont les excellents kanagu sont d'artisans célèbres, [même si] le reste [n´]est [que] bon, et en excellent état de conservation.

4) de toutes les périodes, les koshirae dont les kanagu, sans être l'œuvre d'artisans célèbres, mais dont l'excellent travail témoigne des caractéristiques d'une époque et sont reconnus comme ayant une très grande valeur artistique en tant que koshirae.


D. Tokubetsu jûyô tôsô 特別重要刀装 (« monture particulièrement importante »)

Peuvent obtenir le certificat tokubetsu jûyô tôsô :

1) des montures jûyô tôsô, celles qui sont de la meilleure qualité, dont l'état de conservation est excellent et qui sont reconnues comme ayant une très grande valeur documentaire du point de vue de l'histoire des arts et métiers de notre pays.

2) les montures jugées comme correspondant aux meilleurs jûyô bijutsuhin du kokunintei ou aux jûyô bunkazai du kokushitei.


Troisième section – les éléments de montures

A. Hozon tôsôgu 保存刀装具 (« élément de monture à préserver »)

Sont éligibles au statut de hozon tôsôgu :

1) de toutes les périodes et de toutes les écoles, les éléments de montures dont la signature est authentique et, dans le cas des œuvres anonymes, celles qui portent la marque d'une période et d'un style et qui ont une valeur artistique et artisanale.

2) parmi les objets répondant aux critères définis ci-dessus, également ceux qui, en dépit de quelques défauts (kizu キズ) et de fatigue (tsukare 疲れ), restent appréciables.

3) les objets présentant des réparations (hoshû 補修), à condition que celles-ci ne gâchent pas notablement l'apparence esthétique.

4) les objets en fonte d'avant Meiji, qui possèdent un « charme de bon goût » (雅味がある) et qui peuvent être appréciés.

5) les objets datant de Meiji et Taishô, dont la facture et l'état de conservation sont bons et, parmi les œuvres d'artisans décédés postérieurement, celles de bonne qualité fabriquées selon les méthodes traditionnelles.

6) les objets en fer, bien que mordus légèrement par le feu et une couleur de patine légèrement modifiée, à condition que la valeur artistique soit reconnue et qu'ils puissent être appréciés.

7) Les éléments signés dont on ne peut pas décider de l'authenticité de par la signature et le style, ainsi que les éléments anonymes dont on ne peut facilement donner une attribution appropriée, sont mis sous « réserve » (horyû 保留).

8) Sont exclus les objets en fonte/moulés contemporains.

9) Les œuvres d'artisans vivants ne sont pas jugées.

10) En principe, les tôsôgu fabriqués à l'étranger ne sont pas jugés.


B. Tokubetsu hozon tôsôgu 特別保存刀装具 (« élément de monture à préserver particulièrement »)

Peuvent obtenir le statut tokubetsu hozon tôsôgu :

1) parmi les tokubetsu kichô tôsôgu 特別貴重刀装具, les kôshu tokubetsu kichô tôsôgu 甲種特別貴重刀装具 ou les hozon tôsôgu, les objets qui en plus d'être de bonne facture sont dans un bon état de conservation.

2) les hozon tôsôgu qui sont d'excellente qualité et qui ont une grande valeur documentaire par leur inscription (signature) ou leur style.

3) de toutes les périodes, même si ce ne sont pas des œuvres d'artisans célèbres, les objets d'excellente facture qui ont une grande valeur artistique.

4) parmi les œuvres d'artisans contemporains décédés, celles réalisées d'après les techniques traditionnelles, d'excellente facture et qui ont une grande valeur artistique.

5) Parmi les hozon tôsôgu, bien que de bonne qualité, les cas suivants ne sont pas éligibles :

a. les objets signés ou pas, dont les réparations sont trop apparentes.

b. les objets dépatinés.

c. les objets dont la signature en mauvais état est indéchiffrable.


C. Jûyô tôsôgu 重要刀装具 (« élément de monture important »)

Peuvent obtenir le statut jûyô tôsôgu :

1) parmi les tokubetsu kichô tôsôgu 特別貴重刀装具, les kôshu tokubetsu kichô tôsôgu 甲種特別貴重刀装具, les hozon tôsôgu ou les tokubetsu hozon tôsôgu, des tsuba en fer d'écoles célèbres datant d'avant la période de Muromachi ainsi que des œuvres kinkô, celles qui sont particulièrement d'excellente qualité, dont l'état de conservation est bon et qui ont une grande valeur artistique et artisanale.

2) parmi les œuvres signées d'artisans célèbres ou les mumei datant de la fin de la période de Muromachi à la période de Momoyama, celles qui sont particulièrement excellentes et dont l'état de conservation est excellent.

3) parmi les œuvres attribuées à des artisans célèbres du début de la période d'Edo, celles qui sont particulièrement excellentes et dont l'état de conservation est excellent.

4) parmi les objets d'artisans célèbres de la période d'Edo à Meiji, ceux qui sont extrêmement excellents et dont l'état de conservation est excellent.

5) de toutes les périodes, les objets dont la facture est excellente et dont la valeur artistique est extrêmement haute, même s'ils ne sont pas d'artisans célèbres.


D. Tokubetsu jûyô tôsôgu 特別重要刀装具 (« élément de monture particulièrement important »)

Peuvent obtenir le certificat tokubetsu jûyô tôsôgu :

1) parmi les jûyô tôsôgu, les objets qui sont de la meilleure qualité, dont l'état de conservation est excellent et qui sont reconnus comme ayant une très grande valeur documentaire du point de vue de l'histoire des arts et métiers de notre pays.

2) les objets jugés comme correspondant aux meilleurs jûyô bijutsuhin du kokunintei ou aux jûyô bunkazai du kokushitei.


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